19.11.2007

Enquête sur un meurtre annoncé

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On a toujours envie d'idéaliser les morts. Dans le cas de Sadia, tout l'entourage est unanime : malgré le contexte familial, elle avait tout pour elle, elle aimait follement son copain depuis 18 mois, elle voulait devenir avocate, elle était appréciée pour sa gentillesse mais aussi son intelligence et son ouverture vers toutes les connaissances.

Hugues Dorzée du journal belge Le Soir a enquêté sur cette jeune fille assassinée par un frère qu'elle appréciait beaucoup (édition du 17 novembre).

Sadia est née le 12 février 1987 à Etterbeek (Municipalité/Commune de Bruxelles). Sa famille est originaire du Pakistan et est arrivée depuis plusieurs dizaine d'années. Le père est propriétaire et travaille dans un magasin d'alimentation à Charleroi. Elle a trois soeurs et un frère.

Malgré une éducation austère et stricte, amour et loyauté pour ses parents, respect de sa culture d'origine, c'est une jeune fille studieuse mais surtout tournée vers les idées et les modes des jeunes de maintenant.

Elle est pourtant pratiquante, elle a suivi le dernier Ramadan. Elle mangeait hallal mais goûtait aux autres cuisines. Elle a expliqué à sa classe de façon passionnée le Coran et les cinq pilliers de l'Islam. Elle appréciait les bons côtés de sa religion mais détestait le fanatisme et les interprétations du livre saint.

Petit à petit elle évoque avec quelques amies un drame qui ruine sa vie : quatre robes cousues main, des bijoux, des préparatifs sur place, une fête programmée avec 150 convives, une dote importante ... depuis 2005 elle est promise en mariage à Abas, 20 ans vivant au Pakistan.

Un mariage arrangé à son insu. Ce qu'elle refuse bien sûr.

Elle se confie alors à Colette Thomas, son éducatrice. Vient le soutien du PMS (centre psycho-médico social), consultation dans un planning familial (en cachette de ses parents). Solidarité à l'école. Elle quitte sa famille et sera hébergée dans une famille d'accueil, une fois en 2005 puis en 2007, cinq mois dans un refuge pour femmes battues et depuis le 1er août un studio dans le centre de Mons, payé par le CPAS de Charleroi.

Elle ne voulait pas se résigner. Prise entre deux cultures, puisant sa force dans l'envie d'apprendre et la sincérité, sans haine vis-à-vis des siens, mais décidée à affirmer ses choix.

Au fil des mois Sadia est sous pression : SMS agressifs, menaces, chantages, fausses informations (elle ne doit plus se marier, sa mère est malade, le magasin familial doit être vendu à cause d'elle, ...). Sadia s'accroche à ses ami(e)s, à l'Islam, à son petit ami, à ses études de droit. C'était sa dernière année dans l'école et voulait poursuivre des études en droit international à l'université. Malgré les menaces, elle voulait aller de l'avant, coûte que coûte.

Dans son école (Haute Ecole provinciale de Charleroi) elle est protégée : cours à distance, examens surveillés, navette organisée entre Mons et Charleroi.

Manipulation d'un frère qu'elle pensait être un allié, manque de prudence ? le 22 octobre elle répond favorablement à sa famille qui désire la rencontrer pour discuter.

La suite est connue. Malheureusement.

d54ecf898b7c89f4e849f10c501585a5.jpegSadia est inhumée au Pakistan, pays où elle ne voulait pas se rendre. L'avocat de sa famille déconseille tous contacts avec la presse. Interpellation au Sénat. Plaque scellée à l'entrée de la classe de droit pour "les générations suivantes". Une infinie tristesse pour ceux qui l'ont connue. Souvenirs. Ne pas oublier Sadia. Jamais.

 

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