23.03.2008
Le texte intégral de l'émission Indices sur Sadia Sheikh
Indices, l'émission d'investigation diffusée sur RTL-TVI (Belgique) s'intéresse au cas de Sadia Sheikh. Les présentateurs en sont Georges Huercano et Dominique Dumoulin . Vous trouverez la retranscription intégrale et littérale de l'émission diffusée le 19 mars dernier. Conscient de passer outre aux droits intellectuels, j'offre quand même l'occasion aux personnes qui n'ont pu regarder l'émission de prendre néanmoins connaissance de son contenu. Le texte sera maintenu aussi longtemps qu'il ne me sera pas demandé d'en arrêter la diffusion.
Parlons d’abord de Sadia abattue par son frère en octobre dernier. La justice soupçonne un crime d’honneur car la jeune femme refusait un mariage forcé. Pour la famille, il s ‘agit d’une dispute qui aurait mal tourné. Nous vous proposons ce soir des témoignages exclusifs et des images inédites afin d’éclairer cette affaire d’un jour nouveau.
GENERIQUE DE L’EMISSION.
En ombre chinoise on voit un couple se disputer, on nous présente quelques intervenants.
Hugues Dorzée (journaliste " Le Soir ") : elle est morte parce qu’elle a trop aimé.
Michèle Bracops (professeur de Sadia) : elle a du choisir et ça lui a coûté la vie.
Michaël Donatangelo (avocat de Mudusar Sheikh) : je ne dis pas complot et je ne dis pas accident.
Stéphanie (amie de Sadia) : ben elle a été tuée car elle refusait un mariage forcé.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : Sadia n’a pas été forcée de se marier, elle a choisi.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : on veut absolument que Sadia ait été attiré ce jour là au domicile familial. On veut absolument que ce se soit passé comme cela mais ça ne s’est pas passé comme cela.
Le lundi 22 octobre dernier tout est calme dans la rue du Chesnois à Lodelinsart. Il est environ 12H30 lorsque 3 coups de feu retentissent. Sadia une jeune femme d’origine pakistanaise est abattue de 3 balles dans le ventre par son frère.
La famille Sheikh était une famille sans histoire et Mudusar adorait sa sœur alors pourquoi l’a t-il tuée ?
Dispute qui tourne mal ou crime d’honneur ? Très vite la justice soupçonne un complot familial car Sadia aurait refusé un mariage forcé. Pour tenter de comprendre, il faut remonter le fil de la vie de Sadia. Sadia est née en 1987 à Etterbeek dans une famille pakistanaise installée en Belgique depuis 30 ans. La petite fille suit normalement les cours et est plutôt douée, ouverte au monde, elle séduit son entourage.
Stéphanie (amie de Sadia) : elle faisait vraiment penser à une petite fille en fait et pourtant la situation qu’elle vivait était vraiment dramatique, très loin d’être drôle et pourtant elle gardait vraiment toujours cette joie de vivre.
Michèle Bracops (professeur de Sadia) : Sadia c’était une fille extrêmement sympathique, elle était toujours souriante, elle était jolie, elle était intelligente, elle avait tout l’avenir devant elle et surtout c’était une fille extrêmement gentille qui avait une grande naïveté, je veux dire et c’est peut-être cela qui l’a perdue.
Sadia va traverser son adolescence sans trop de souci. Elle parvient à concillier sa culture et les traditions familiales avec sa vie de petite européenne mais en rheto les choses sa gâtent. Sa famille refuse qu’elle accompagne sa classe lors d’un voyage scolaire prévu à Istanbul. Les rapports se tendent et ses professeurs se souviennent d’une altercation violente avec son frère Mudusar qui était d’habitude si gentil. Aujourd’hui encore on ne connaît pas la cause de cette dispute. Mais le pire reste à venir. Sadia va tomber amoureuse d’un jeune pakistanais. Passion au goût amer.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : Comme toutes les jeunes filles, bon, Sadia qui vit en Occident, qui vit en Europe, qui vit en Belgique, vit comme une européenne, a des petits amis, elle rencontre l’un, elle rencontre l’autre. A un moment donné elle attend un enfant. C’est quand même une situation, heu, elle a 18 ans, moi je me mets à la place de ses parents. Enfin j’ai une fille, ma fille vient m’annoncer à 18 ans : papa j’attends un bébé. Bon ben, je ne serais pas très heureux de la situation, je ferais tout pour trouver une solution. Enfin il faut quand même se mettre à la place des parents, qu’ils soient pakistanais ou pas pakistanais.
Mais lorsqu’il apprend la grossesse de Sadia, son ami décide de rompre.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : Mudusar, proche de la détresse de sa sœur à ce moment là a dit : mais je vais rencontrer ce garçon et rencontrer sa famille et on ne peut pas te laisser comme cela, il va t’épouser, et ça ne peut pas se passer comme cela.
L’intervention de Mudusar sera inutile. L’amant pakistanais de Sadia ne veut rien entendre et la question de l’avortement se pose. Un épisode douloureux pour lequel il existe plusieurs versions.
Jérome (ami de Sadia) : Sadia a été contrainte d’avorter mais elle m’avait dit clairement qu’elle souhaitait avoir un enfant. Si ça ne tenait qu’à elle, elle l’aurait gardé, elle aurait entièrement assumé.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : je pense que Sadia a fait le moins mauvais choix dans ce contexte et que c’est elle qui a posé ce choix là.
En interrogeant Stéphanie (amie de Sadia) : On a une version qui dit : la famille l’a soutenue (non dit-elle) quand elle a voulu avorter, on a une autre version qui nous dit : c’est la famille qui l’a poussé à avorter : c’est ça (dit-elle). C’est la deuxième version qui pour vous est la bonne ? Ben oui, en tout cas c’est ce qu’elle disait.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : oui, c’est peut-être la graine du drame qui se joue aujourd’hui, je pense. La graine était vraisemblablement dans ce drame qu’elle a du traverser en 2005.
La vie reprend normalement au 220 de la rue du Chesnois mais comme dans bien des familles, les parents de Sadia traversent une période de crise. La jeune femme se dit déçue des hommes, elle disparaît durant quelques jours puis revient à la maison. Quelques semaines plus tard, son père lui propose de se marier.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : dans les mois qui ont suivi sa déception amoureuse, la famille de Sadia et donc le papa a été sollicité par énormément de prétendants et de ce que j’ai entendu, Sadia a fait son choix parmi ces prétendants et a accepté de se marier avec Abbas.
Hugues Dorzée (journaliste " Le Soir ") : Sadia avait fait l’objet d’une cérémonie à distance entre le Pakistan et ici avec son époux qui lui était promis là-bas avec webcam interposée et d’après ce que j’en sais mais, c’est vraiment à mettre au conditionnel, elle aurait à trois reprises, on lui aurait posé la question à trois reprises comme le veut la tradition, les deux premières fois elle aurait dit non et la dernière fois elle aurait baissé la tête et n’aurait rien dit et donc on en aurait déduit qu’elle acceptait ce mariage d’une manière ou d’une autre mais c’est vraiment à prendre au conditionnel.
Sadia a-t-elle été contrainte d’accepter cette cérémonie sur le net ? Abbas dans la banlieue d’Islamabad et elle à Lodelinsart. Cette fois encore c’est la polémique. Les amis de Sadia parlent d’une scène surréaliste et d’un mariage forcé. Voulait-elle vraiment prendre Abbas pour époux ? Par deux fois Sadia aurait dit non et à la troisième demande, elle aurait baissé les yeux sans rien dire. Un silence que l’Imam présent aurait interprété pour un oui.
Myriam De Vinck (Directrice du centre de prévention des violences familiales) : Il y avait un côté à la fois tragique et à la fois un côté théâtral. Je crois qu’elle était tout à fait perdue par rapport à, tout à fait dépassée par ce qui arrivait.
Quand elle vous en a parlé, elle vous a dit qu’elle avait été forcée de :
Michèle Bracops (professeur de Sadia): absolument -de se livrer à- absolument d’ailleurs son combat ça a été pendant des mois, des mois et des mois d’essayer de trouver un arrangement. Elle a tout essayé.
Stéphanie (amie de Sadia) : elle n’y a pas participé dans la joie et la bonne humeur, ça c’est certain.
Le mariage de Sadia raconté par ses amis d’école et ses professeurs va orienter l’enquête judiciaire et faire la une des journaux. La petite pakistanaise par sa mort violente devient une héroïne, celle qui a lutté contre une culture et des traditions qui avilissent la femme mais dans la réalité les choses sont-elles aussi simples ?
Sadia s’est donc mariée via internet mais comment s’est véritablement déroulée cette cérémonie. Nous vous proposons de découvrir des images exclusives tournées par la famille le jour de ce mariage. Vous allez voir des scènes très émouvantes et parfois même très surprenantes.
LE FILM EST DIFFUSE, ON VOIT L’ACCUEIL D’INVITES.
Le 25 août 2006 c’est le jour de la cérémonie, toute la famille, les témoins et quelques amis d’école se retrouvent tous 220 rue du Chesnois. Un Imam va célébrer ce mariage. Lorsqu’elle descend les escaliers, Sadia porte une robe traditionnelle, son visage est caché par un voile. La future mariée et les invités s’installent . On s’assure que la connection internet est établie. Sadia aperçoit son fiancé via webcam. Abbas est un cousin qu’elle avait rencontré lors de voyages au Pakistan. La cérémonie débute et après la lecture de versets du Coran, l’Imam va demander par trois fois à Sadia si elle veut prendre Abbas pour époux. ON VOIT UN SOUS-TITRAGE SUR LE FILM : " Je te marie avec Abbas Shabeer, fils de Shabeer Ahmad ". " Est-ce que tu acceptes le mariage ? ". " La dote s’élève à 10.000 roupies pakistanaises ". " Oui ". " Je te marie avec Abbas Shabeer, fils de Shabeer Ahmad ". " Est-ce que tu acceptes le mariage ? ". " La dote s’élève à 10.000 roupies pakistanaises ". " Oui ". " Je te marie avec Abbas Shabeer, fils de Shabeer Ahmad ". " Est-ce que tu acceptes le mariage ? ". " La dote s’élève à 10.000 roupies pakistanaises ". " Oui ". " Je t’ai marié avec Abbas Shabeer, fils de Shabeer Ahmad en prenant pour dote 10.000 roupies ".
L’image et la traduction parlent d’elles-mêmes. Sadia répond trois fois oui. Sadia est mariée, on lui relève le voile. Elle ne paraît pas très heureuse mais selon ses proches, c’est la tradition qui exige cette retenue. Parfois on distingue quelques sourires destinés à Abbas le mari choisi ou imposé.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : elle m’annonçait donc plusieurs mois plus tard son mariage en me disant qu’elle pensait pouvoir y trouver le bonheur donc que c’était une décision qu’elle avait prise, elle me l’annonçait et en me disant qu’elle pensait que... elle pouvait être heureuse dans ce choix. Sadia n’a pas été forcée de se marier, elle a choisi.
Comment interpréter cette cérémonie ? Comme toute la vie de Sadia, elle prête à discussion. C’est un mariage forcé disent les uns. Non, répond sa famille, elle avait même choisi ses bijoux et ses robes.
Et pourquoi a-t-elle choisi ses robes si elle ne voulait pas se marier ?
Caroline et Jérome (amis de Sadia) : Caroline : sous la pression familiale tout en sachant bien qu’elle n’irait pas jusqu’au bout. Elle le savait déjà qu’elle n’irait pas jusqu’au bout ? Moi je pense qu’elle le savait, qu’elle était résolue à dire non. Jérome : De toute façon je pense que si elle se serait opposée ouvertement à sa famille, en disant je refuse d’essayer des robes, ça aurait été pire pour elle, je pense. Donc elle avait décidé de jouer le jeu ? Je pense.
Le mariage officiel au Pakistan est prévu pour le printemps 2007. Plus de 300 invités sont conviés à la fête. En attendant Sadia téléphone à Abbas et à sa belle-mère, elle prépare sa dote et choisi les tissus. Personne ne se doute de ce qui va arriver. Sadia qui suit les cours de droits à Charleroi vient de rencontrer Jean, un jeune étudiant dont elle tombe follement amoureuse. Une passion qu’elle va garder secrète aux yeux de sa famille. La mère et les sœurs de Sadia partent au Pakistan pour préparer la noce. Sadia doit les rejoindre le 28 mars, elle a préparé sa valise et la veille elle téléphone à sa mère pour savoir si elle n’a rien oublié.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : à aucun moment elle ne permet à sa famille de deviner qu’elle vit une certaine ambivalence par rapport à ce choix. Aucun signe n’a été donné pendant toutes les semaines ou tous les mois qui ont précédé ce mariage. A aucun moment elle n’a permis à sa famille de comprendre que les choses n’étaient peut-être pas aussi simple qu’elles semblaient paraître.
Vous pensez que c’était justement une fille qui hésitait entre deux vies, entre deux modes de vie ? : Stéphanie (amie de Sadia) : oui tout à fait certaine. Daphnée (amie de Sadia) : elle hésitait entre l’amour et le respect, on peut dire. Entre l’amour ? L’amour d’un homme et le respect de sa famille. Peut-être un peu tiraillée aussi.
Le matin même du départ, Sadia disparaît. Elle envoie un SMS à son frère Mudusar pour lui dire qu’elle ne partira pas et qu’il ne sert à rien de la chercher. On sait aujourd’hui qu’elle a logé quelques jours chez une amie avant de trouver refuge dans un centre pour femmes battues de Bruxelles. La famille de Sadia est effondrée, son père est victime d’un malaise cardiaque dans son magasin. Il faut annuler la cérémonie au Pakistan. Seul, Mudusar parvient à garder le contact avec sa sœur.
Myriam De Vinck (Directrice du centre de prévention des violences familiales) : son frère comprenait à la fois sa position, comprenait le courage qu’elle avait eu mais en même temps voulait respecter la tradition et voulait que les choses rentrent dans l’ordre et que le mariage puisse se faire, qu’il n’y ait pas la honte sur la famille et il culpabilisait beaucoup Sadia en disant " mais tu ne te rends pas compte des conséquences que cela va avoir pour tout le monde, pour toute la famille ".
Alors qu’elle était logée dans le centre pour femmes battues, des dispositions sont prises pour que Sadia puisse passer ses examens à Charleroi. Des éducateurs du centre l’accompagnent et c’est sous escorte qu’elle se rend aux cours. Malgré cette protection rapprochée, plusieurs incidents éclatent au sein de l’école.
X :Il y a eu une fois où on a du la cacher dans les toilettes ou dans la salle des profs. Parce que quelqu’un l’attendait ? Oui, absolument. Il y a eu des altercations ? Oui. Notamment une en particulier où la police a du intervenir. Avec son papa ? Avec sa famille. Avec sa famille, plusieurs personnes en fait ? Oui.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) :le papa de Sadia va avec sa sœur cadette tenter de rencontrer Sadia. Le premier geste de Sadia est de se jeter dans les bras de son père.Elle est heureuse de voir son père, elle est heureuse de voir sa sœur. Ils s’embrassent. Et là semble t-il il y a eu un témoin qui explique qu’il y a eu une altercation entre Sadia et sa famille. Ce qui est dommage c’est qu’il n’a pas vu l’embrassade avant l’altercation.
C’était un homme blessé par rapport à l’attitude de sa fille ?
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : écoutez, oui, c’était, oui, oui, c’était un homme, c’était un homme déçu, c’était un homme blessé, c’est un homme qui a souffert de la situation. Ceci étant dit c’est certainement pas constitutif du mobile d’un crime et d’un homicide.
Mudusar sait que sa sœur continue à fréquenter Jean et qu’elle vit désormais à Mons. Elle ne compte pas revenir dans la maison familiale. Il est excédé. Il n’a pas cessé de tenter de rassembler la famille mais en vain.
Nous sommes le 10 octobre soit douze jours avant le drame. Mudusar rédige nerveusement un texte sur son ordinateur. Des lignes qui, aujourd’hui, résonnent presque comme une sentence. Ces mots sont-ils prémonitoires ? Pour la première fois, nous révélons le contenu de ce texte.
LES LIGNES DEFILENT A L’ECRAN, UNE VOIX " OFF " LIT LES PHRASES EN GRAS CI-DESSOUS :
Les filles doivent arrêter avec cela. Les GSM, les mails, les copains …
Une fille doit être chaste …
C’est un honneur pour le frère que sa sœur soit chaste !
J’ai pensé à la scène et cela me fait froid dans le dos.
Je ne veux pas devenir un assassin, après je partirai à Liège.
La vie ici, c’est le paradis des non-musulmans, c’est le bas-monde …
Je serai recherché toute ma vie, quand on commet un crime c’est normal de purger sa peine …
J’’emporte 500 euros avec moi.
Je ne veux pas tomber dans le grand banditisme …
Je romps tous les liens avec mon entourage…
ON OUBLIE TOUT CE QUE NOS PARENTS NOUS ONT ENSEIGNER !
Je veux mettre fin à ce scénario,
J’ai pété un câble, je ne veux pas devenir un criminel !
Nous devons espérer Inch Allah que nous nous retrouverons tous au paradis …
Akhadu Allah in luba
Il a l’air d’être un peu gardien du temple le fils dans cette histoire ?
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) :alors écoutez, moi je ne vais pas répondre pour Mudusar. Mudusar donnera ses explications. La seule chose que je puisse dire c’est que dans cet écrit, on n’y trouverait aucune trace, aucun élément permettant d’affirmer que Mudusar ait écrit qu’il aurait agit sous l’influence de qui que ce soi et à fortiori de son père, je suis son avocat, voir de qui que ce soit d’autre.
Nous sommes en pleine période du Ramadan et Mudusar paraît plus calme. Il communique avec Sadia par SMS. Elle lui aurait dit se sentir seule durant cette période de recueillement pour les musulmans. Le samedi 13 octobre Sadia accepte enfin la proposition de son frère. Elle revient à Lodelinsart voir sa famille.
Michèle Bracops (professeur de Sadia) : elle avait repris contact avec sa famille, elle m’avait dit comme elle était contente d’avoir revu sa maman, sa famille.
Les jours qui suivent, Sadia revient plusieurs fois ici (ON VOIT LE PRESENTATEUR DEVANT LA MAISON FAMILIALE) jusqu’à ce fameux 22 octobre. Mais que c’est-il passé ce jour là ? Une fois de plus, les versions diffèrent. Seule certitude, Mudusar va chercher Sadia à l’école pour venir prendre le repas de midi ici dans la maison familiale.
Il est difficile de reconstituer avec précision la scène du crime car des zones d’ombres subsistent. Selon certains témoins, les parents étaient absents mais le repas était prêt. Une dispute aurait alors éclaté entre Sadia et Mudusar. Le ton monte, la violence des propos aussi. Tout à coup Mudusar s’empare de l’arme de son père rangée dans un tiroir et tire trois fois sur sa sœur. Elle mourra trois jours plus tard. Il blesse aussi Sarya, la petite sœur qui voulait s’interposer. Comment interpréter cet acte ? Une discussion qui tourne mal ou un piège mortel tendu à cette sœur trop rebelle ?
Frédéric Dubois (journaliste indépendant) :la thèse du Parquet, c’est que c’est un crime d’honneur. En fait Mudusar a tué sa sœur sur ordre de son père, en tout cas son père serait commanditaire de cet assassinat. En l’espèce, il aurait tué sa sœur parce qu’elle refusait un mariage arrangé par sa famille.
Vous n’imaginez pas une dispute ? Caroline et Jérome (ami de Sadia) : Caroline : ce n’est pas qu’une simple dispute. En même temps si vous imaginez le contraire ça veut dire que les parents ont quitté le domicile puisqu’ils étaient chez eux peu avant le drame et qu’on a fait venir Sadia vraiment pour la tuer. Vous croyez que c’est possible ? Caroline : pour moi, oui. C’était sensé être un dîner familial et comme par hasard les parents n’y étaient pas.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) :mais à nouveau, ce sont des interprétations. On interprète : on veut que cela se soit passé comme ça pour que ça colle. On veut absolument que Sadia ait été attirée ce jour là au domicile familial. On veut absolument que ce se soit passé comme cela mais ça ne s’est pas passé comme cela.
Une question se pose, où était Sadia la veille du crime ? Etait-elle à Mons avec son petit ami ou logeait-elle déjà au domicile familial ? Etait-elle en passe de renouer avec ses parents ou est-elle tombée dans un piège affectif ?
Hugues Dorzée (journaliste " Le Soir ") : bon, d’après ce qui m’a été rapporté de la part de Jean, la veille ils sont ensemble au studio qu’elle occupe à Mons et donc ils discutent beaucoup de savoir " tiens est-ce que demain on va aller aux cours ou pas ", finalement Sadia décide quand même apparemment d’aller à l’école et effectivement en cours de matinée, pourquoi s’est-elle rendue rue du Chesnois à Lodelinsart au domicile familial à ce moment là ? Est-ce qu’elle a reçu un appel de son frère qui lui demandait de venir pour pouvoir une fois de plus discuter ensemble de ce mariage ou d’autres choses, je n’en sais rien.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : il n’y a pas de piège.
Qu’est ce qu’ils avaient fait, est ce qu’elle était là la veille ? Elle était là la veille, le matin le papa, son papa l’avait conduite à l’école et il était prévu que son frère vienne la rechercher à midi pour prendre le repas de midi. A la maison ? A la maison. Ça c’est une version vérifiée et non contestée ? Non contestée.
Daphnée (amie de Sadia) : sinon elle n’aurait pas logé chez ses parents, elle tenait à garder son kot à Mons et renouer petit à petit et reprendre une certaine vie familiale en rendant régulièrement visite à ses parents, en leur téléphonant mais pas en allant loger là. Vous en êtes sûr ? Pour moi c’est improbable, elle m’a bien fait comprendre qu’elle tenait à garder sa liberté.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : c’est une affabulation. Sadia a logé chez elle le dimanche soir, son papa l’a conduite le matin à l’école et le papa a demandé à Mudusar d’aller la rechercher à midi pour prendre son repas de midi à la maison.
Aux enquêteurs chargés du dossier, la famille explique que Sadia a logé là le dimanche soir. Les trois enfants auraient même massé leur parent fatigué. Ensuite Sadia, Mudusar et Sarya, la petite sœur se seraient loués un DVD et achetés des pizzas. Pour preuve, Maryse, l’amie de la famille nous montre le sac de voyage de Sadia resté dans la maison.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : en tout cas il y a un sac de voyage que je vous montre ici qui contient des affaires de Sadia et notamment des vêtements qu’elle portait le dimanche et que la maman n’a pas lavé. C’est un moment touchant quand la maman m’a montré ses vêtements en disant qu’elle gardait l’odeur de Sadia. Elle les a pas lavé, elle garde l’odeur de Sadia et c’est un moment difficile pour elle de montrer ces vêtements et de …(silence).
Faut-il croire la famille sur paroles lorsqu’elle affirme que Sadia était là la veille ? En tout cas la présence de ce sac de vêtements est troublante. D’ailleurs comment ce fait-il que les enquêteurs ne l’aient pas saisi afin de procéder à des vérifications ?
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : on est parti de la thèse " mariage forcé ", mariage forcé donc d’honneur et donc complot familial. On veut absolument trouver les éléments qui permettent d’étayer la thèse qui a été retenue au départ.
Un autre élément d’enquête doit être éclairci.
La présence de l’arme du père de famille dans la maison. Avait-on préparé le révolver dans le but de tuer Sadia ?
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : il y a quelques années il décide d’acquérir une arme qu’il gardait dans son commerce. Il remet son commerce au mois de septembre. L’arme, il a repris l’arme qui restait au commerce et cette arme se trouvait à son domicile, voici l’histoire de l’arme, ni plus ni moins.
Après avoir tiré sur ses sœurs, Mudusar quitte précipitamment la maison et s’enfuit.
Michaël Donatangelo (avocat de Mudusar Sheikh) : il se cachait mais plutôt dans l’intention de se faire prendre. Inconsciemment il n’était pas très loin, il n’a jamais quitté le territoire de la Belgique ou vraiment à la limite de la frontière française. Je crois qu’il était toujours dans les parages.
Mudusar est en fuite. Les parents, eux, obtiennent l’autorisation de ramener le corps de Sadia au Pakistan pour l’y enterrer.
Pendant ce temps les enquêteurs tentent de débusquer Mudusar. Ils soupçonnent un complot familial et placent tous les membres de la famille sur écoute.
Frédéric Dubois (journaliste indépendant) : dans ces écoutes téléphoniques, certains élément apparemment permettent de conforter cette thèse du crime d’honneur, la préméditation et le fait que le père Tariq Mamoud Sheikh ait commandité le crime et que son fils était son bras armé.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : j’affirme que le dossier ne révèle aucun élément de quelque nature qu’il soit permettant d’affirmer que Sheikh Tariq Mamoud aurait jamais commandité quelque crime que ce soit.
Lui n’a pas été le bras armé de son père ? Michaël Donatangelo (avocat de Mudusar Sheikh) : Non. Pour répondre clairement à la question, non.
Le 30 décembre, Tariq Mamoud Sheikh, le père de Sadia est interpellé car l’homme paraissait vouloir fuir la Belgique pour se rendre au Pakistan.
Frédéric Dubois (journaliste indépendant) : il semble qu’il était en partance pour le Pakistan, il avait pris un aller simple au mois de janvier, je pense qu’il est arrêté le 30 décembre et que son billet d’avion datait du 2 ou 3 janvier.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : il voulait se rendre, attendez, d’abord il s’est rendu au Pakistan pour les funérailles de Sadia, il est quand même revenu.
Il aurait pu rester là-bas ? Ben attendez, il est revenu, pourquoi ?, parce que toutes ses attaches sont en Belgique.
L’enquête sur le père de famille se resserre, on le présente maintenant comme un homme riche, à la tête de plus d’une dizaine de commerces.
Frédéric Dubois (journaliste indépendant) : il est apparemment reconnu que monsieur Tariq Mamoud Sheikh avait en sa possession 14 night shops et car wash dans la région de Charleroi.
Actuellement ? Visiblement il a revendu, il aurait revendu une partie de ses biens pour s’acheter, dit-on un palace de 7 millions d’euros au Pakistan à Islamabad.
Michel Bouchat (avocat de Tariq Mamoud Sheikh) : balivernes. Balivernes. Alors ce monsieur a travaillé pendant 30 ans. Sur les 30 ans de sa carrière professionnelle il a peut-être exploité plusieurs commerces. Enfin il n’en a jamais exploité dix en même temps.
Tariq Mamoud Sheikh n’est pas un inconnu dans le milieu pakistanais des night shops de Charleroi. Nous avons tenté d’en savoir plus.
Dans un commerce de nuit, le journaliste interroge le vendeur : bonsoir. En fait nous sommes journalistes et vous avez entendu parler de l’affaire de la petite Sadia ? Vous voyez, la petite pakistanaise.
Oui, oui.
Et on essaie d’avoir un petit peu de renseignements sur sa famille. On sait que son papa, c’est un monsieur Sheikh, ça vous dit quelque chose ?
Ben il tient un magasin au dessus, mais il l’a vendu maintenant.
On disait qu’il avait beaucoup de magasins ici à Charleroi ? Non il n’avait pas beaucoup de magasins ?
Il n’avait que un.
Que un ?
Il avait un empire sur Charleroi ?
Non, non c’est pas vrai, il a que un seulement. Et ça aussi avant qu’arrivé ça, j’ai entendu qu’il était malade, qu’il a vendu parce qu’il est trop vieux maintenant.
Nous entrons cette fois dans le dernier magasin ayant appartenu au père de Sadia.
C’était le magasin de monsieur Sheikh ici ?
Oui.
Ah O.K. et vous, vous l’avez racheté en fait ?
Oui.
Ce n’est plus son magasin ?
Non, c’est longtemps.
Depuis longtemps ?
Oui.
Il avait d’autres magasins à Charleroi ?
Sais pas.
Vous ne savez pas ?
(non compréhensible).
Et vous l’avez acheté quand à peu près ?
C’est le mois de septembre.
De cette année, enfin 2007 quoi ?
2007.
Le père de famille a t-il condamné sa fille à mort ? Rien n’est moins sûr. La théorie du complot familial est-elle sans faille ? Il semble que non car trop de questions restent sans réponse. Le 24 janvier Mudusar est arrêté par la police. Il se cachait dans un bungalow situé près du Lac de l’Eau d’Heure à Froidchapelle. Aux enquêteurs, il va déclarer ne plus avoir beaucoup de souvenirs de ce qui s’est passé. Il affirme cependant ne pas avoir agit sur les ordres de son père.
La mort de Sadia, comme sa vie, reste donc énigmatique. La petite fille pakistanaise de Charleroi a du grandir entre deux cultures, ne voulant sacrifier l’une pour l’autre. Il y avait plusieurs Sadia : celle qui aimait et respectait sa famille et l’autre, celle qui voulait vivre libre.
Maryse Wibert (amie de la famille Sheikh) : Sadia est comme un diamant avec de multiples facettes et certaines personnes ont accès à une facette du diamant et pas aux autres facettes. Il y a de nombreuses parts d’ombres qui ne sont pas accessibles mais ce que je sais c’est que des théories simplistes ne donnent pas la mesure de la beauté de la vie et de ce qu’elle était.
Le père et le frère de Sadia sont toujours incarcérés et face aux enquêteurs, ils persistent à nier la thèse du complot.
06:36 Publié dans Des gens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sadia, mudusar, sheikh, émission, indices




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