20.05.2008

Les photos de vacances

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La photo est toujours un viol.

Ne l'oublions jamais. On serait tenté de croire que celui qui prend des photos le fait pour mieux voir et comprendre ce qu'il découvre. C'est faux. Soyons franc. La plupart d'entre nous ne photographient souvent que dans le but de critiquer ou d'épater les copains en projetant de mauvaises dias positives.

L'appareil de photo nous isole complètement du monde extérieur. Les yeux rivés sur notre caméra nous ne voyons que l'infime portion délimitée par le champ de notre viseur. La photo que nous devons rapporter à tout prix devient une obsession. Nous ne pensons et ne regardons plus qu'en fonction de ce que nous allons pouvoir rapporter. Tension qui nous bloque et nous interdit tout moment de réflexion et surtout empêche toute communication. Il y en a marre de ces hordes de touristes dégoulinant de sueur aux pantalons trop bien repassés qui se précipitent comme un seul homme d'un car pullman luxueux pour mitrailler à bout portant la paysanne grecque venue leur vendre des pastèques ou de ces jeunes globe-trotters barbus, crado, en blue-jean déchirés, la chemise ouverte jusqu'au nombril qui cassent tout sur leur passage et refusent de se déchausser pour pénétrer dans les temples.

Agressés par les phallus à focales pointés sur eux, ceux que nous photographions ont un mouvement de recul, voire un sentiment de peur sinon de colère ... Défiance de part et d'autre. Mais pourquoi aurions-nous le droit de les photographier, eux ? Parce que nous sommes au Maroc ou à Madagascar, parce que nous sommes blancs ? Et eux, qu'ont-ils à opposer à tous nos gadgets à la mode ? Leur nudité, une paillote de bambous, une certaine résignation et surtout un grand sourire. Un sourire qui à la fois nous fait envie et nous agace. De toute façon ils sont moins intelligents que nous, c'est sûr ... Mais qui est supérieur à qui ? Selon quels critères ? Même le plus pauvre des intouchables hindous ou le plus terrifiant des coupeurs de tête de Bornéo avec des plumes plein le cul et la figure bariolée de stratifications a une noblesse et une dignité naturelle qui nous exaspèrent parce qu'elles nous dépassent.

Il y a une façon de voyager et de photographier qui est aussi colonialiste que l'attitude des conquistadors. Comme si on pouvait connaître quelqu'un, ou le rencontrer à travers un objectif. Finalement, on ne devrait photographier que les gens qu'on aime vraiment.

Claude Sauvageot

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